Christophe EXTRAITS
Je me prénomme Christophe, j’ai trente huit ans, du moins au moment où j’écris ces lignes, je ne sais pas combien de temps je vais mettre pour tout écrire, si mon anniversaire arrive avant la fin, je vous le ferai savoir...
J’ai envie d’écrire tout ce qui me passe par la tête. Ma vie d’aujourd’hui, celle d’avant, pas tout mais l’essentiel, les faits marquants comme on dit. Je veux écrire aussi pour m’auto analyser. Je veux être sûr que je vis tout ça, que je ne suis pas en train de faire un cauchemar. Je préférerais, mais je sais que le cauchemar est le réel et que le beau rêve est irréalisable.
Mon problème c’est que j’ai peur de mélanger les deux, parfois je ne sais plus ce qui est vrai et ce que j’ai imaginé...
Quand on pète les plombs on se cherche des excuses, ce ver en fait a un prénom : Mallorie.
Parfois je pense qu’elle est l’unique cause de tout ça, à d’autres moments je suis convaincu que c’est moi qui suis responsable, c’est alors à elle que je cherche des excuses. Elle n’a rien fait, c’est moi qui ai déraillé. Il faut croire que je l’aime encore assez pour remettre toute la faute sur moi. De l’amour à la haine, de la haine à l’amour, de ces deux sentiments je sais lequel est le plus destructeur. Quand l’amour, le vrai, l’éternel, est en vous, il vous ronge de l’intérieur d’abord puis s’attaque à votre environnement. “ Il “ vous fait faire ce qu’il veut, “ Il “ m’a manipulé. Mon amour pour elle est le ver qui est en moi. Je vais écrire et je verrai bien au fur et à mesure que je déverserai toute la merde qui encombre mon cerveau, je ferai le tri et peut-être que je comprendrai...
Je ne leur ai pas dit que je voulais écrire un livre, je n’ai personne à qui écrire, mes enfants peut-être, et encore, je n’ai de nouvelle de personne, je verrai. De toute façon ils ne vont rien me dire, ça les arrange que je trouve une occupation, ils sont peinards avec moi, ils ont assez à faire avec tous les tarés qui sont enfermés là dedans, s’il y en a un qui n’a pas besoin d’être surveillé en permanence ça leur fera des vacances.
Un jour j’ai entendu l’un d’eux dire :
- je vais pas me faire chier pour 1200 euros nets par mois, le premier qui s’excite trop je lui fais avaler une boîte de xanax et basta ! Et si l’un d’eux s’avise d’être violent je le fracasse, de toute façon ça sera de la légitime défense !
Et de rire comme une petite merde qu’il est.
Ils n’ont rien à craindre avec moi, mais s’il y en a un qui vient m’emmerder moi non plus je vais pas faire de détail, ils me croient fou alors je réagirai comme un fou et mon bic c’est dans sa gorge qu’on va le retrouver, le tube, la mine, le capuchon, tout, planté dans sont larynx comme un cure dent dans une olive...
La fille qui s’occupe de moi pour me faire sortir ou entrer dans ma chambre lors des promenades, ou pour aller manger, a la tête de quelqu’un qui approche un monstre baveux quand elle est près de moi, comme si on lui disait :
- va chercher le psychopathe Emilie, il ne devrait pas t’égorger ni te bouffer le clitoris il est shooté à mort!
L’autre connard à 1200 euros nets les 169 heures de conneries par mois pourrait dire ça...
La chef n’est jamais là le mercredi, elle doit avoir des enfants et être avec eux en ce moment, pour veiller sur eux, faire attention qu’ils ne fassent rien qui pourrait les rendre comme moi. C’est une belle femme, la quarantaine, un beau physique, grande, charnue, un jour je l’ai vu partir du service, elle portait une robe rouge avec des motifs noirs qui de loin faisaient penser à des fleurs, une allure de femme du monde, la classe quoi. Elle me trouble. Le seul sourire qui m’a paru sincère depuis que je suis là c’est elle qui me l’a donné, ceux de Emilie ressemblent plus à des rictus de constipé et ceux de “ 1200 euros nets “ sont du genre v.r.p. essayant de vendre une paire de gants de boxe à un démembré...
Les femmes n’ont donc aucune notion de la cruauté, elles croient sûrement que leurs paroles ne sont que de simples modifications qu’on apporte à un programme informatique :
- Vous ne verrez pas vos enfants.
- Je te quitte parce que je ne t’aime plus.
- Ok, pas de problème, c’est enregistré, salut, merci.
Sans que ça ne cause aucun dégât. Ces putes croient que je n’ai pas de sensibilité, elles me prennent pour un légume. Cette infirmière de merde ne connaît pas mon histoire ou quoi ? La chef juste là, à côté de moi, seuls au monde dans ce parc vidé virtuellement de tous ses occupants par ma colère. Je ne sais pas ce qui me retient de la massacrer, là, maintenant, lui éclater la tête contre les lattes du banc, la faire taire, lui faire avaler ses doutes une bonne fois pour toutes.
Je la regarde depuis que ses paroles terribles sont sorties de sa bouche, elle se tourne vers moi maintenant. Mon regard traduit mes pensées et son visage traduit mon regard.
<< Merde il va me tuer ! >>
Il pourrait bien te tuer oui, c’est pas l’envie qui lui manque...
Morte. Mallorie est morte. J’ai tué Mallorie.
J’écris ces mots, cette évidence tragique sans y croire, pourtant c’est vrai, j’ai tué la femme de ma vie.
J’ai aussi perdu mes enfants, bousillé ma vie, sali le nom de ma famille, démoli le respect que beaucoup m’accordaient.
Combien de gens vont regarder mes enfants, Sylvie mes frères et soeurs en disant :
- Ils ont le même sang que le monstre et elle a vécu dix sept ans avec lui ! .....
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