Fosse
Je devrais écrire un roman. Pas con ça ! J’aurais aussi un site internet, et on verrait ma gueule dans le journal ! Avec ce que j’aurais écrit, on m’appellera sûrement : “ L’homme noir “. Chouette comme blaze ça, non ?
Ca y est, il fait nuit. Plus de cravate, plus de blonde. Ca caille bordel !
Cet été aussi ça allait. Trop chaud parfois, mais ça allait. Jusqu’en août où, un soir, je trainais près du lotissement. J’ai senti une odeur de viande grillée, des gens riaient, j’entendais des bruits de verres qui se cognent, et d’assiettes qu’on écarte sur la table. des enfants jouaient, il faisait doux.
Une envie m’est venue : Tous les massacrer ! Leur poser la gueule sur la grille du barbecue, leur enfoncer une bouteille de “ Côtes de provence “ dans le cul, les empaler avec le pied du parasol ! Une bouffée de violence. Je sais pas. Une bouffée de tristesse plutôt. Je me suis éloigné, non...j’ai fuit en fait, loin de ce parfum de vie heureuse, de cette ambiance d’existence qui aurait pu être la mienne.
Il s’en est fallu de peu pour que je sois heureux. La frontière entre le bonheur et le fond de la cuvette des chiottes est mince. Si on met le pied du mauvais côté, on glisse, et si en plus on vous appuie sur la tête, on coule. Après, on peut tendre la main, personne ne prendra le risque de chopper la gale ou des morpions à vous sortir de là...espèce de feignasse !
je me suis souvent dis, à l’époque où j’envisageais d’acheter un barbecue electrique pour mettre sur mon balcon, que beaucoup de SDF n’étaient que des lâchent, qui avaient préféré ne rien avoir plutôt que de se casser le cul pour avoir un minimum.
Que penserais-je de moi si je me voyais ?
<< Il est pas vieux : Trente cinq, quarante ans...qu’est ce qu’il fout là ? Il peut pas se sortir les doigts du cul pour trouver du boulot plutôt que d’attendre qu’on lui offre l’aumône ! >>
c’est exactement ce que je penserais de moi si je me voyais en ce moment.
En mai, j’étais vraiment bien. Tranquille. Finies les embrouilles. Il faisait beau, je dormais dehors, mais je dormais bien. j’avais à bouffer, les gens sont plus généreux en mai. Encore un truc de faux-culs avant de claquer des milliers d’Euros pour préparer les vacances d’été !
Je me disais que comme ça je reprendrais la niaque pour reprendre du poil de la bête. La bête, elle m’a filé entre les doigts, et l’hiver arrive. je rigole moins, ça caille !
le soir je me mets à un endroit d’où je peux pas voir les fenêtres des appartements éclairés par le confort de ceux qui y vivent. Sinon je reprendrais une furieuse envie de leur fourrer la télécommande de leur écran plasma au fond de la gorge, de leur incruster leur webcam dans la face, de les ébouillanter avec leur potage aux cinq légumes !
<< C’est facile d’avoir la haine contre ceux qui ont tout quand on est à la rue...feignasse ! >>
On y pense pas quand on est bien. On est jaloux de ceux qui ont plus, mais on ne pense pas à ceux qui ont moins. Cette bande de moins que rien, d’incapables...
<< Feignasse va ! >>
Il y a la France d’en haut. la France du milieu. La France d’en bas.
J’étais au milieu. En me décarcassant, j’aurais pu être en haut. Mais je me suis retrouvé en bas, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, et j’ai découvert le quatrième niveau : La cuvette des chiottes ! Avec tous ceux qui tirent la chasse pour ne plus voir la merde. Ceux qui préférent passer en se bouchant le nez plutôt que de plonger la main dans la pisse.
Les rebords sont lisses, pas d’accroche. Pour remonter, va falloir être balaise.
Putain ça caille ! Les autres ont des cartons. Faut que je m’en trouve. il faut que je me renseigne sur les Restos du coeur ou ce genre de trucs, pour aller jusqu’à noël, où, dans un ultime geste de faux-culs, les gens vont redevenir généreux.
Je vais écrire un bouquin. je vais économiser, acheter des cahiers et des stylos, et je vais écrire un putain de livre ! “ Déchéance “ je l’appelerai, ou “ Fosse à purin “, je verrai. Dès que j’ai fini je vous fais signe. Je vous présenterai aussi mon site internet : www.sesortirlesdoigtsducul.com.
Si vous me croisez dans la rue cet hiver, n’ayez pas peur de penser ce que vous pensez, je le sais, j’ai été aussi faux-cul que vous par le passé.
Fin ( effroi )
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