Christophe EXTRAITS
C’est la chef qui frappa à ma porte à neuf heures : - Bonjour Christophe, j’ai quelque chose d’important à vous dire. J’ai votre ex femme au téléphone, elle voudrait venir vous voir cet après-midi. Qu’est ce que cela signifie ? Elle appelle à neuf heures du matin pour venir seule l’après-midi même... Je l’ai regardé s’éloigner debout à côté de ma chaise comme une statue faite de tourbillons de sentiments, elle a disparu derrière la haie, j’ai eu peur une seconde de ne jamais la revoir, mais elle reviendra demain avec nos enfants. J’avais le trac en l’attendant mais ce que je ressens en pensant à demain est plus fort qu’une simple angoisse, j’ai peur de dérailler en les voyant, ils ont certainement beaucoup changé et je prie pour que le chagrin n’ait pas marqué leurs visages, qu’ils n’aient pas été affaiblis par tout ça au point que ce soit la première chose que je vois en les regardant. J’aimerais les voir me sourire en arrivant, j’aimerais qu’ils se jettent dans mes bras. J’aimerais ne pas avoir fait ce que j’ai fait...
Ce mardi matin là, je suis debout à sept heures, je n’ai en fait pas dormi. Je vois Mallorie cet après-midi et je ne sais pas pourquoi. Elle ne va pas me dire qu’elle regrette, qu’elle veut revenir vers moi, alors quoi ? Comment ça va tourner ?... Sa tête en avant, désarticulée, ses yeux ouverts regardent le néant, cette vision d’horreur ne calme pas me démence, je ne panique pas, “ il “ contrôle, ce n’est pas fini, je regarde autour de moi, je sais ce que j’ai à faire, je descends de sa voiture, regagne la mienne et pars calmement. Cette fois le monde n’est plus bizarre, il m’est étranger. Je ne pense à rien et file chez moi, pas de regret, pas de tristesse, que de la haine. La destruction de cet être si cruel m’a soulagé, oui soulagé et je sens qu’une érection me vient, dure comme de l’acier. J’arrive, me gare, ma chienne gémit en croisant mon regard et se tasse au fond de sa niche. Je rentre, m’assieds sur le canapé et ne bouge plus. Comme un robot qui s’arrête, une machine infernale, un cyborg programmé pour tuer... Si je reste là je vais devenir fou, par ma souffrance, par automatisme même, vivre comme un fou, dans un asile de fous, traité comme un fou, tout ça rend fou c’est sûr. Je ne supporterai pas de vivre comme ça toute ma vie, je ne mourrai pas de vieillesse ici, mais je suis ce que je suis, si je pars je ne vivrai pas mieux, tous les flics de France seront derrière mon cul à vouloir me prendre comme on accroche un trophée de chasse dans son salon, il me sera même impossible de voir mes enfants. Putain, plus j’y pense, plus j’enrage ! Il n’y a pas de solution, pas d’issue, on peut être dehors sans être libre. Mais ça ne sert à rien de penser à tout ça à m’en faire bouillir la cervelle, un jour je prendrai une décision, je ne sais pas laquelle, rester pour continuer à voir mes enfants de temps en temps, partir et vivre comme un animal traqué ou me tuer ici ou ailleurs. Cette décision me viendra un beau matin, comme ça, sur un coup de tête, et je me connais, j’irai au bout de mes idées. De toute façon j’ai le don de prendre des décisions qui mènent vers un point de non retour, que j’y pense aujourd’hui ne changera rien... Il est quatorze heures cinquante à la pendule accrochée au-dessus de la porte d’entrée quand ils arrivent. La Focus s’immobilise et les quatre portes s’ouvrent presque simultanément. Mon fils se déplie en sortant son mètre quatre vingt, mes filles qui se ressemblent beaucoup, marchent vers moi comme des jumelles... Sylvie se lève, renifle, et remet ses cheveux en place en même temps que ses idées. - oui allez ! Il faut qu’on y aille ! << Il faut vite qu’on parte d’ici avant qu’on ne déraille tous définitivement ! >>... La voiture remonte l’allée, je la regarde, j’ai envie de courir les rejoindre, d’aller avec eux dans un monde où tout ça n’est jamais arrivé. Ce serait ça un monde parfait... Marie me sourit en me demandant si elle peut venir. Je lis sur ses lèvres : - je peux ? Son index pointe l’intérieur de mon palace, mon hochement de tête l’y invite... Si elle est aussi détendue que je suis coincé elle va se mettre à faire un strip-tease dans moins d’une minute... - Ecoute Chris, prends ma voiture, mon sac, comme si tu m’avais forcé mais je dirai que tu n’as pas été violent. pars ! Prends tout et pars !... Il y a beaucoup de tombes, j’ai du mal à trouver la bonne. << Elle n’est pas là, ils l’ont peut-être enterré à...>> BENZAIA Mallorie - sect. A - allée 2 -... Ils sont là devant moi, dans cette cave funéraire recouverte de marbre blanc. Elle est là, je me sens proche d’elle, je crois sentir son parfum. Le silence aussi est là, profond, insupportable, aucun souffle, pas un chant d’oiseau, rien. Je respire à peine, mon acouphène n’est plus un sifflement mais un ronflement sourd et grave, mon cerveau repousse toutes pensées, tous sentiments, mes mains tremblent...<< Je me fous des autres, il n’y a que toi qui compte >>...je suis paralysé, bloqué devant ce caveau...<< on aura une fille on l’appellera Elia >>...fraîchement fleuri d’oeillets jaunes...<< notre maison aura une grande baie vitrée >>... J’ai fermé les volets, la fenêtre, et tiré le rideau pour empêcher les sons, les lumières du monde extérieur, de pénétrer dans ma chambre. Je préfère entendre le sifflement de ce putain d’acouphène, que le piaillement de toutes ces pintades en liberté, d’après ce qu’elles croient, et de leurs morpions pas encore collés à leurs chattes mais qui tentent leur chance...
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