Sarah
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Encore une semaine de moins. Et celle-là a été plutôt mouvementée !
Dimanche dernier au boulot, j’avais pas un sourire de jeune femme épanouie, mais une sale gueule de pauvre conne ! Samedi soir, mon prince charmant m’a planté comme une merde ! Connard d’homme marié ! Du coup je suis rentrée, j’avais pas envie de voir mes copines, surtout cette grosse vache de Amida !
Lundi matin, mon père a reçu un courrier des impôts. Je l’ai vu revenir de la boite aux lettres, il marchait dans les graviers en lisant. A un moment, j’ai cru qu’il allait se vautrer dans la petite haie qui sépare l’allée de la pelouse ! Mais il s’est arrêté net, juste avant.
J’étais dans le salon, la fenêtre par laquelle je le regardais était fermée, mais je l’ai clairement entendu hurler sa race. Ce devait être au moment où il a compris la teneur de la missive de ces chers fonctionnaires du fisc : Un redressement fiscal !
Pour une tuile, s’en est une belle ! C’est tout un toit qu’il venait de se prendre sur la gueule ! Le roi de la magouille est tombé de son trône. Bien fait pour sa gueule !
Ce qui me fait chier, c’est que vu qu’il “ n’existe pas “ en France, tout est au nom de ma mère. Quand les fouilles-merde de l’hôtel des impôts vont mettrent leur nez dans les affaires familiales, ils vont tomber sur un gros tas de fumier puant et grouillant d’asticots à la panse pleine de billets de 500 !
Je crois que ma mère va regretter, une fois de plus et pour de bon ce coup-ci, de ne pas être mariée avec celui qui a trompé tout le monde, y compris elle. Ou peut-être qu’elle va carrément regretter de l’avoir connu, mais ça l’ammènerait à regretter tout le reste, c’est à dire mes frères et moi. Je ne pense quand même pas qu’elle en arrive là. En ce qui concerne mes frères en tout cas.
Ca, c’était pour lundi. Mercredi après-midi je rangeais ma chambre, et gardais un oeil sur mon petit frère qui jouait dehors, et qui passait un peu trop près de ma Ford Fiesta. A mon goût.
C’est là que je l’ai vu. Il était debout, de l’autre côté du portail, comme s’il était venu à pied par la route. Il regardait vers la maison, mais je ne savais pas s’il me regardait ou s’il s’intéressait à mon petit frère.
Je l’ai déjà vu en plein jour, mais seulement son visage. Là, je le voyais en pied à travers les lattes du portail. Habillé en noir, seuls son visage et ses mains se détachaient, de par leur blancheur. Et ses yeux. D’un vert puissant. Il était pourtant loin, mais je voyais ce vert aussi nettement que s’il avait été à un mètre de moi. C’était bien lui. C’était Mo.
Je ne sais plus quand Mo m’est apparu pour la première fois, mais c’était peu de temps après que j’ai quitté l’autre débris de Mark. Je me demandais toujours qui était ce fantôme qui venait hanter mes nuits. Je l’ai vu en plein jour, en pleine conscience, pour la première fois il y a peu.
Ce mercredi, j’ai cru comprendre qui il est. Ses yeux verts, ses vêtements noirs...comme...Mark !
Il est resté là un moment, puis mon petit frère m’a appelé en me voyant à travers la porte-fenêtre :
- Néné ! C’est comme ça qu’il m’appelle depuis toujours.
- T’as peur pour ta voiture ? T’inquiète, j’maîtrise !
Le temps que je regarde le roi du VTT, à deux doigts de rayer ma carrosserie et du coup de s’en prendre une, quelques secondes, et Mo avait disparu. Je l’ai cherché des deux côtés de la route, je me suis mise sur la pointe des pieds pour voir s’il était parti par les champs en face, puis j’ai eu peur qu’il ne soit entré dans la cour pour venir se cacher sous le porche, puis entrer en douce et venir dans ma chambre pour me...non, il a disparu, comme ça, comme il était venu, de nulle part, de partout.
C’est dans la nuit suivante que j’ai compris que Mo était Mark, ou du moins quelqu’un qui a un rapport avec lui.
Il m’est apparu pendant mon sommeil, bien que je ne sois plus vraiment sûre que je dormais à ce moment là. Il était au pied de mon lit, debout, ses mains et son visage blanc sortaient de la nuit comme s’il n’avait pas de corps. Et ses yeux. Encore plus verts, encore plus pénétrants.
Dans sa main droite il tenait quelque chose d’une blancheur tout aussi flashante. Quant il le tendit vers moi, je l’identifiais facilement : C’était le lapin en peluche que j’avais offert à Mark, et que j’avais imbibé de mon parfum “ Lacoste sublime salope “. Il m’a dit quelque chose, qui en plus du lapin, me confirma qu’il avait un rapport avec Mark :
- Ceux qui font le mal finissent toujours par payer !
C’est ce que Mark m’avait écrit un jour par texto. D’après lui ça venait de la Bible.
La voix de Mo ne ressemblait pas vraiment à celle de Mark. Elle était rocailleuse, comme encombrée par une remontée de glaire coincée dans le larynx. Pourtant, son intonation ressemblait à celle du débris.
Je me vois obligée d’avouer quelque chose que, même si ça m’était arrivée, je n’aurais jamais dis, même sous la torture, il n’y a pas si longtemps de cela encore : J’ai été terrorisée.
A voir sa façon de tendre le lapin vers moi, j’ai cru qu’il allait me l’enfoncer au fond de la gorge jusqu’à ce que j’en crève, que je devienne bleue et que mes yeux giclent de ma face. J’ai eu peur, alors j’ai fermé les yeux. Quand je les ai ouvert, doucement, m’attendant à ce qu’il se soit rapproché de moi pour me faire bouffer la peluche parfumée, il avait disparu, encore une fois.
Il m’a semblé sentir un souffle sur mon visage, le parfum flotta encore quelques secondes dans la pièce. C’est tout. Je n’ai pas pu m’endormir après ça, il était trois heures trente, et j’ai fumé la production annuelle de la Camel corporation en attendant que le jour se lève, et que les bruits de la vie ne m’aident à chasser la boule douloureuse qui cognait dans mon ventre.
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